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Les papiers des sans-papiers

Dans les archives du Gisti, 1993-2011

vendredi 30 octobre 2026

Les 632 boîtes, occupant presque 20 mètres linéaires, renferment les dossiers individuels que les permanenciers du Gisti ont constitué sur la période. Devant sans cesse prouver un travail salarié, une résidence en France, l’éducation d’enfants… les sans-papiers sont sans doute ceux d’entre nous qui ont le plus de papiers ! Mais parmi tous ces documents, l’auteur s’est intéressé aux lettres adressées à l’association.

« Je voudrais gagner ma vie comme les autres et payer des impôts » ; « mon compagnon est un homme qui aime ce pays (…) alors que faire ? » ; « m’indiquer la marche à suivre face à un certain nombre de difficultés » ; « je dois quitter la France à ma sortie de prison et être rapatrié dans mon pays d’origine où je n’ai aucune attache ni famille » ; « ma situation actuelle et ma détresse sont telles que je suis obligé de vous adresser cette lettre ».

Ces lettres témoignent tout à la fois de la situation de personnes désireuses avant tout de régulariser leur séjour, contester une OQTF, réunir une famille… et de l’activité associative sur cette période. Pourtant, les lettres étudiées et encore moins celles qui ont été choisies pour la publication ne sauraient être représentatives. Certes, elles n’ont pas été totalement choisies au hasard, l’auteur ayant pris soin d’en sélectionner pour chacune des années de la période tout en variant les premières lettres des patronymes afin de rencontrer les différentes nationalités concernées. Mais les démarches vis-à-vis du Gisti n’ont pas toutes été entreprises par courrier, elles ont pu l’être par téléphone ou en se rendant à l’accueil de l’association. En outre, la plupart des dossiers constitués l’ont été pour des personnes francophones, les autres demandeurs étant généralement orientés vers d’autres associations parfois spécialisées.
La bureaucratie oblige à formaliser nombre de demandes, elle passe par des courriers types associés à des démarches administratives. Mais lorsque l’on décide de s’adresser à une association, il n’y a pas de modèle. On formule simplement une demande de conseils pour se sortir d’une situation insupportable, inextricable en explicitant ce qui dans sa situation paraît peut-être apporter une issue favorable.
En publiant ces lettres, l’ouvrage raconte aussi des politiques d’accueil, d’accès à la nationalité de plus en plus restrictives alors que des crises profondes en Algérie ou en Haïti ont poussé des populations à l’exil. Et il le fait par le prisme d’expériences singulières, humaines. C’est là un intérêt réel.

Les papiers des sans-papiers
Dans les archives du Gisti, 1993-2011
Philippe Artières, anamosa, juillet 2026

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